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24.09 > 29.10.2022
Manuel Ocampo
Paintings the Lord taught me

vernissage vendredi 23 septembre


par Florence BEAUGIER,    

 

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Pour son exposition de rentrée la galerie LMR a l’honneur de présenter la troisième exposition personnelle de Manuel Ocampo. L’artiste philippin montrera deux nouvelles séries de peintures fraîchement sorties de son atelier.

Manuel Ocampo est né en 1965 à Quezon City. Diplômé de l’Université des Philippines et de la California State University of Bakersfield, il résidera plus de dix ans en Californie où il présentera son premier solo show en 1988. Celui-ci lui ouvrira la voie d’une solide carrière internationale. Ce sont également les deux rendez-vous majeurs de la scène contemporaine européenne qui contribueront à établir sa notoriété : la Documenta IX de Kassel en 1992 et la Biennale de Venise en 1993 et 2017. L’œuvre de Manuel Ocampo est très vite entrée dans de prestigieuses collections privées et publiques : La collection du Museum of Contemporary Art de Los Angeles, celle du Whitney Museum of American Art de New York, mais aussi au Museo Nacional de Arte Reina Sofia à Madrid, au Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean (MUDAM) au Luxembourg, à l’IVAM de Valence, au Fukuoka Asian Art Museum au Japon, au Fond National d’Art Contemporain à Paris, au Frac Occitanie Montpellier, au Frac Île-de-France, Frac Auvergne, au Museu Colecçao Berardo à Lisbonne...
Manuel Ocampo vit et travaille à Manille.

Sa peinture des années 80 et 90 exhume les fantômes cruels d’un imagier populaire léché. Iconographies coloniales, religieuses, politiques s’entrechoquent sur la toile ; les signes sont forts, les formes sont simples, le message est clairement provoquant. A ce goût de la subversion s’adjoint quelques années plus tard la revendication d’une pratique quotidienne, libre et décomplexée, celle de la peinture. En atteste le virage opéré dans les années 2000. Le traitement s’émancipe du joug de la séduction, sa peinture joue davantage de la matière et devient plus gestuelle. Elle révèle au spectateur son contenu expressionniste.

Ses œuvres, peintures ou grandes installations, mêlent références historiques à l’art, culture trash, symboles religieux et totalitaires dans un style qui oscille entre virtuosité, délicatesse, laideur repoussante, maladresse et mauvais goût assumé. Dans ses peintures s’entrechoquent swastikas, crucifix, références sexuelles et scatologiques, imagerie religieuse de pacotille et provocations anticléricales, voire sataniques... Il utilise impeccablement les signes de la religion judéo-chrétienne, l’imagerie vernaculaire, la culture underground, la bande dessinée et l’univers des cartoons, la science-fiction, l’art naïf et la violence des ex-voto mexicains, le burlesque et l’esthétique des films gore, la culture du Heavy Métal, la satire de l’histoire et de la morale assortie d’un certain cynisme, le néo-dadaïsme, le surréalisme de Picabia, le génie de Picasso, l’histoire de la peinture : Grosz, Bosch, Picasso, MacCarthy, Saul, etc.



vue de l’atelier, Manille août 2022




PAINTINGS THE LORD TAUGHT ME
Propos recueillis par Florence Beaugier Piovesan (Bordeaux - Manille, août 2022).

Manuel, dans ton œuvre, la figure religieuse est très présente, mais elle y apparaît toujours iconoclaste, apolitique et vidée de sa religiosité pourtant le titre de ton exposition pour la galerie LMR est Paintings the Lord taught me. Tu peux nous expliquer ?

Le titre Paintings the Lord taught me m’est venu lorsque j’ai récemment écouté un podcast sur le premier album des Cramps, Songs The Lord Taught Us (enregistré en 1980). C’était un album emblématique de mon enfance. Le titre a touché une de mes cordes sensibles et tu sais combien il est difficile de trouver des titres pour les expositions. Ce titre, avec une pointe d’ironie, avait du sens puisque les chansons et surtout la peinture ont été inventées comme outils de culte. Aujourd’hui, leur fonction s’est diversifiée mais leurs racines sont dans le rituel et la religion. L’enseignement judéo-chrétien a été diffusé dans le monde entier par le biais de la peinture lorsqu’il était impossible de communiquer avec des mots et des textes. Les images que je voyais dans les églises chaque dimanche quand j’étais jeune ont été ma première exposition à la peinture. J’ai grandi dans les Philippines catholiques. Presque chaque foyer possédait une reproduction de la Cène, un œil holographique de Jésus qui voit tout ou un autel. C’est donc à partir de cette culture que mon esthétique s’est formée. Tu as raison de dire que mes tableaux, bien que remplis de symboles religieux, sont dépourvus de toute signification religieuse ou politique. Pour moi, la peinture est purement esthétique mais pas dénuée de sens. Je pense que l’art est comme un portail vers différents points de vue qui ne sont pas proches de la réalité matérielle. L’art est comme une drogue.

Tu présentes dans cette expo deux nouvelles séries dans lesquelles on retrouve de nombreux éléments de ton vocabulaire : vautours, insectes, os, dents humaines, croix, excréments... et pour réaliser certaines œuvres tu as choisi le palimpseste. Tu as peint et recouvert tes propres sérigraphies, cela crée une étrange impression de répétition, de bégaiement pourquoi le choix de cette technique ?

Peindre sur ces sérigraphies c’est arrivé à cause d’un accident, c’était une façon de couvrir un échec. Je n’ai pas aimé la façon dont s’est déroulée mon expérience d’impression d’une grande image et, au lieu de jeter les toiles, j’ai peint par-dessus. Tu ne peux pas laisser un gros échec se perdre. Je voudrais aussi ajouter, que c’est par la peinture religieuse que j’ai commencé à peindre. Elle est la base de ma formation de peintre. Ainsi, au fil des années, je me suis basé sur l’exploitation du vocabulaire de la peinture religieuse, mon influence vient profondément de l’art populaire religieux, en particulier des offrandes votives qui viennent du Mexique. Le titre en français, Peintures apprises du Seigneur sent le ton déférent et une certaine humilité. Ça veut dire que je ne suis pas totalement responsable des choses que je fais et d’une certaine manière, j’aime ça !



vue de l’atelier, Manille août 2022




Cette exposition fait une fois de plus la démonstration que Manuel Ocampo est un peintre brillant. Il est l’idéal populaire de la figure de l’artiste insoumis. Il nous offre ici une peinture d’une énergie vitale incroyable. La force et la liberté qui émanent de ces peintures agit comme un soufflet sur nos têtes, tant la richesse d’informations suscite de réactions chez le spectateur et tant il saisit et brasse avec une incroyable dextérité et désinvolture l’histoire de l’humanité.

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Florence BEAUGIER

 




 

 

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