Exposition
Pierre Molinier Jeux de miroirs
Musée des beaux-arts de Bordeaux - 23 septembre / 20 novembre 2005


   

 

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Informations pratiques :

Galerie des beaux-arts
Place du Colonel Raynal, 33000 Bordeaux
Tél : (33) 05 56 96 51 60
Exposition ouverte tous les jours de 11 heures à 18 heures, sauf le mardi et les jours fériés.

Stationnement : Parc auto Mériadeck, Saint Christoly.
Tramway ligne A

Tarifs :
Entrée : 5,50 €
Tarif réduit : 3 €




L’exposition Pierre Molinier - Jeux de miroirs est une première à Bordeaux, ville où l’artiste a choisi de vivre, de se mettre en scène, puis de disparaître. Pour beaucoup encore, Pierre Molinier (Agen, 1900 - Bordeaux, 1976) n’est qu’un trublion isolé, provocateur et obscène, alors que son œuvre prend aujourd’hui un relief particulier face aux déconstructions et « brouillages » des genres auxquels les artistes contemporains se livrent sans détour. Afin de rendre hommage à l’un des artistes bordelais les plus célèbres du XXème siècle, la galerie des beaux-arts présente une sélection de photomontages de Pierre Molinier, en particulier la série Le Chaman et ses créatures, quelques peintures emblématiques et des œuvres sur papier.

Le Chaman, photomontage - 15.9 ko
Le Chaman, photomontage

La présence d’œuvres de quelque 27 artistes (ou duos d’artistes) permet de déborder la fantasmagorie Molinier vers d’autres perceptions intimes de l’érotisme et des déterminismes de l’individu. Kader Attia, Olivier Blanckart, François Burgun, Olivier Caban, Claude Cahun, Luciano Castelli, Eva et Adèle, Philippe Faure, Joël Garrigou, Matthias Herrmann, Michel Journiac, Jürgen Klauke, Fred Koenig, Rachel Laurent, Karl Lakolak, Urs Lüthi, Christopher Makos, Man Ray/Marcel Duchamp, Robert Mapplethorpe, Yasumasa Morimura, Pierre et Gilles, Cindy Sherman, Alberto Sorbelli, George Tony Stoll, Jean-François Texier, Jean-Luc Verna, Andy Warhol font apparaître une filiation avec Pierre Molinier dans les registres des jeux de travestissement, de l’autoérotisme, du fétichisme, et des questions d’identité ou de genres.

C’est en transgressant, non sans humour, la frontière entre masculin et féminin que Pierre Molinier élabore une œuvre fétichiste, hantée de créatures sophistiquées, aux jambes gainées de résille et aux visages de poupées auxquelles il prête le plus souvent son propre corps. L’androgyne fusionnant en lui les deux sexes, « il proclame la possibilité d’être à la fois et dans le même temps le Même et l’Autre » Cette vision de la sexualité a parfois suscité l’embarras. En 1951, critiqué par les artistes Indépendants bordelais, il est contraint de voiler sa peinture Le Grand combat, pour ne pas choquer la sensibilité du public de la galerie des beaux-arts... Le travail de photomontage de Pierre Molinier, intensément autobiographique et impudique, est l’emblème d’un « art de l’attitude » adopté par les artistes qui, avec le langage de leur propre corps, entreprennent la dissolution des genres.

Pierre Molinier - Jeux de Miroirs convoque les prédécesseurs et/ou contemporains de celui que Breton qualifiait de « maître des vertiges », tels que Claude Cahun et Marcel Duchamp. En effet, Marcel Duchamp est parmi les premiers artistes à « changer de sexe » en 1919/1920 en se constituant un alter ego féminin, la fameuse Rrose Sélavy. Il pose, sous l’œil de l’ami et complice Man Ray, immortalisant la naissance de ce double féminin/érotique dont le pseudonyme est un jeu de mots : « Rose c’est la vie » ou « Eros c’est la vie ».

Cette attitude engagée, qui consiste à se travestir, à adopter un pseudonyme à consonances féminine et juive, ouvre une voie nouvelle et libertaire, celle de la « féminisation de l’art ».
Dans les années soixante-dix, les jeunes contemporains de Molinier que sont alors Castelli, Klauke, Lüthi ou Journiac flirtent avec la mise en danger de l’autoportrait ambivalent et sexué. Ils appartiennent à une « subculture » où se mêlent androgynie, travestisme, revendications féministes, homosexuelles et transsexuelles. Le point de vue de l’exposition projette Pierre Molinier, photographe et « performer », dans une proximité avec les artistes de l’Art corporel. L’exercice de l’autoportrait érotique et féminisé, auquel Molinier s’est livré pendant plus de quinze années, est un travail impliqué dans une « grammaire » du corps telle que la définissait François Pluchart, théoricien de l’Art corporel.
L’artiste bordelais engage son œuvre (en même temps que sa vie) dans l’exécution plastique d’une figure considérée avant lui comme décadente ou tabou : l’androgyne. Compte tenu du rapport à l’identité, au désir et à la sexualité mis en exergue par les photographies de Pierre Molinier, du défi qu’elles représentent face à la problématique de l’indétermination des genres, il n’est pas abusif de suggérer que les poses de Molinier préfigurent la formulation des théories « queer » et les démarches d’artistes contemporains. L’influence posthume de Molinier se reconnaît aussi bien dans les travaux de Cindy Sherman que dans les performances d’Alberto Sorbelli, dans les défis érotiques de Matthias Herrmann que dans les jeux transgressifs de François Burgun - autant de reflets de la reconfiguration des identités et des corps sexués du tournant de ce siècle.


> Artistes contemporains

En 1974, Pierre Molinier découvre le visage fardé et le corps travesti de Luciano Castelli dans le catalogue de l’exposition Transformer. Séduit par la beauté androgyne du jeune artiste, il l’invite à Bordeaux pour poser. Castelli développe des registres artistiques variés tels que : la photographie et la peinture, la vidéo et la performance, la peinture corporelle et le collage... En 1986, il produit de grandes peintures intitulées Amitié à Molinier, reprenant les poses adoptées par lui-même ou par Molinier dans ses photomontages : « J’ai transposé inconsciemment dans ma peinture la technique de montage de Molinier. Il joue également un rôle important dans mes travaux photographiques. Et je suis sûr que Pierre Molinier continuera de ressurgir encore et toujours dans mon travail artistique. »

Matthias Herrmann, artiste allemand vivant en Autriche, brise violemment le tabou de l’auto-représentation artistico-érotique : « Je suis intéressé par les limites de ce qui est officiellement représentable, par ce qui les définit et par la raison qui se cache derrière ces limites. » A l’instar de Molinier, qu’il cite à plusieurs reprises dans son œuvre, c’est un authentique transformiste. Il mêle et intervertit les genres, les émotions et les identités avec la facilité d’un illusionniste. Il présente sa sexualité et ses fantasmes dans une perspective de dérision. Une salle de l’exposition accueille une proposition artistique inédite de l’artiste viennois, directement inspirée par l’univers esthétique de Pierre Molinier.

Alberto Sorbelli s’évertue à transgresser, tout au long des années 90, un tabou des sociétés occidentales qui se niche jusque dans les coulisses des expositions d’art contemporain : son esthétique questionne les relations entre l’art et la prostitution, en les assimilant. Authentique prostitué, porté sur le travestissement, Sorbelli vend ses charmes par le biais d’une petite annonce dans la Gazette de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts... Juché sur ses talons hauts, il tapine aussi bien sur les trottoirs, la nuit, que dans les galeries du Louvre ou du Palais Pitti. Il crée l’événement en exposant, pour la première fois dans un musée, les photographies couleur de sa série réalisée devant La Joconde qui symbolisent tout un art d’attitude.

Dans la généalogie des héritiers de Pierre Molinier, l’exposition fait place à des artistes qui créent à Bordeaux tels le « plasticien-scripteur » Karl Lakolak, Olivier Caban et ses « découpirettes », Joël Garrigou et sa sensuelle série Skin, Philippe Faure et ses motifs obsessionnels, Jean-François Texier et ses tenues tricotées main.

Pierre Molinier Jeux de Miroirs est réalisé grâce aux prêts généreux du musée national d’art moderne Centre Georges Pompidou, du Fonds national d’art contemporain (FNAC), du musée des beaux-arts de Nantes, de la Maison européenne de la photographie, des FRAC Collection Aquitaine, FRAC Limousin, FRAC Rhône-Alpes, FRAC PACA, FRAC Pays de Loire, FRAC Languedoc-Roussillon, de la JGM-galerie, la galerie Kamel Mennour, de la Galerie Maison-Neuve, de la galerie Jérôme de Noirmont ainsi que de nombreuses collections privées.

> Edition

Un livre est édité à l’occasion de l’exposition Pierre Molinier - Jeux de miroirs dans lequel figurent portraits et témoignages d’auteurs sur le Bordeaux de la fin des années soixante, des textes sur les photomontages de l’artiste et sur l’historique de cette pratique, d’autres abordent les problématiques soulevées par artistes contemporains qui œuvrent autour de la question du genre, Un entretien exclusif avec Matthias Herrmann complète cet ouvrage.


Autour de l’exposition :

> Spectacles :

Le Modèle de Molinier, solo chorégraphique, création de Jean-Luc Terrade et Sylvain Méret
Globe Théâtre, 18, 19, 20, 21, 22 octobre.

Mes jambes si vous saviez quelle fumée...
pièce de la Compagnie des Lucioles et de Bruno Geslin
TNBA, 12, 13, 14, 15 octobre.

Good Boy par Alain Buffard, autre solo chorégraphique se rapprochant des préoccupations de l’art visuel contemporain
TNT, 14 et 15 novembre (en projet).

Autre spectacle, celui présenté par le Théâtre du Pont Tournant : Molinier - Entretien avec Pierre Chaveau (dates à fixer).


> Expositions :

A l’occasion de l’hommage bordelais à Pierre Molinier, la galerie La Mauvaise Réputation présente Bande pour voir , une série inédite de photographies de François Burgun. Vernissage le 23 septembre, à partir de 19h00.

La galerie Cortex Athletico propose une programmation spéciale à l’occasion de Pierre Molinier - Jeux de miroirs, expositions, projections (programme à préciser ultérieurement)

La Galerie des beaux-arts ouvrira exceptionnellement ses portes jusqu’à 22h00, les samedi 12 et dimanche 13 novembre, à l’occasion de la manifestation d’art actuel Open Doors Open Eyes (Dans le cadre du festival Nov’Art 2005) ; des rencontres d’artistes et d’auteurs, des visites « points de vue » sont programmées.


Avertissement : La direction du musée des beaux-arts souhaite attirer l’attention des visiteurs sur le fait que certaines représentations sont susceptibles de heurter la sensibilité du jeune public.

 

 




 

 

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