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EXPOSITION DU 1ER AU 16 AVRIL 2016

YAN MORVAN
CHAMPS DE BATAILLE


VERNISSAGE JEUDI 31 MARS

Le lundi 28 mars 2016



Yan Morvan est né à Paris en 1954. Après des études de mathématiques puis de cinéma, il effectue des reportages sur les Hells Angels de Paris, puis, sur les prostituées de Bangkok. En 1974, il publie sa première photographie dans le quotidien Libération. Jusqu’en 1976, il collabore à l’agence Fotolib de Libération, puis à l’agence Norma. La même année paraît son premier livre sur les rockeurs, Le Cuir et le Baston (prémices d’un travail sur les gangs qui durera quarante ans). Ensuite, il intègre l’équipe de Paris Match, puis celle du Figaro Magazine jusqu’en 1980.

De 1980 à 1988, il rejoint l’agence Sipa et devient correspondant permanent de l’hebdomadaire américain Newsweek pour lequel il couvre les principaux conflits : Iran-Irak, Liban, Irlande du Nord, Philippines, chute du mur de Berlin, Rwanda, Kosovo... et même le mariage de Lady Di dont sa photo fera le tour du monde. Photographe indépendant depuis 1988, reconnu comme l’un des plus grands spécialistes de la photo de guerre, il collabore régulièrement avec la plupart des grandes publications internationales.

Ses reportages de guerre lui vaudront le prix Robert-Capa (pour son travail au Liban en 1983) deux prix du World Press Photo et de nombreuses récompenses décernées par les écoles de journalisme américaines.

Mettant sa notoriété et son expérience au service des jeunes photographes, il est successivement formateur à l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles (ENSP), et au Centre de Formation des Journalistes (CFJ). En l’an 2000, sa série de portraits de jeunes victimes de la route, fruit d’une commande pour le FNAC (Fonds National d’Art Contemporain), a été exposée au festival international de photojournalisme Visa pour l’image. Depuis 2004, il enchaîne les reportages sur des sujets de fond : les banlieues et les victimes de guerre ou de la route.

Yan Morvan est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands photojournalistes français. Ses nombreux scoops lui vaudront une reconnaissance et une notoriété internationale, mais également beaucoup d’ennuis : au Liban, il sera condamné à mort à deux reprises, y réchappant toujours de façon miraculeuse. En France, son travail pour Libération ou Paris Match sur les gangs lui vaudra d’être pris en otage par le serial killer Guy Georges. (Gangs Story, publié à La manufacture de livres éditions retrace l’histoire des gangs des années 70 à nos jours.)

Au début des années 2000, le nouveau projet de Yan Morvan est de photographier les champs de bataille, de l’antiquité à nos jours. « Pourquoi et comment photographier la guerre ? » est une question qu’il s’est souvent posé. Est-ce une volonté d’informer, de participer au mouvement de l’histoire ? Comment raconter l’inracontable - les images d’horreurs succédant aux images d’horreurs ? Alors même que la spectacularisation du monde par la télévision, la presse, internet et l’information en temps réel ont entamé notre capital d’empathie et notre faculté à nous émouvoir du malheur des autres, ces lieux de batailles parfois oubliés et perdus peuvent-ils encore raconter l’histoire ?

En 2003, à Los Angeles, Yan achète chez Sammy’s, un marchand bien connu des photographes, une Deardoff, une chambre en bois. Un appareil photo mythique des années 50. Une armoire normande qui accepte d’insoler des films de 20 x 25 cm. L’idée de réaliser un reportage avec cet outil digne de la guerre de Sécession relève de quelques tendances masochistes. Yan explique que les dernières boîtes de film coûtaient 700 €... Ce qui en comptant également le développement du film - mais pas les tirages de lecture - amenait le clic à 50 € ! Il faut réfléchir avant de "shooter". De plus, sans céder à l’émotion brute, il voulait s’adresser à la conscience du spectateur, montrer par des paysages parfois anodins une géographie de la démence humaine. Il recherchait une autre manière de témoigner d’une réflexion sur l’image et de la réalité de la guerre.


Bielorussie-Berezina


« J’ai commencé à photographier les champs de bataille de France, les plages du débarquement, puis ceux de l’Europe, notre famille qui s’est si souvent déchirée. Mon projet est ambitieux : montrer la terre sur laquelle les hommes se sont battus, raconter l’histoire, réfléchir sur cette pensée d’Héraclite : " Conflit / est le père de tous les êtres, le roi de tous les êtres / Aux uns il a donné forme de dieux, aux autres d’hommes, / Il a fait les uns esclave, les autres libres." (Fragment 53) "Il faut connaître / que le conflit est commun [ou universel] / que la discorde est le droit / et que toutes choses naissent et meurent selon discorde et nécessité." (Fragment 80) »

A l’été 2011, Yan est en grandes difficultés financières face à ce projet. Il est alors présenté par Jean-Jacques Naudet, directeur de la rédaction de L’œil de la photographie, à Vera Michalski, qui possède plusieurs maisons d’édition et qui a créé, en 2010, avec Marco Zappone, les éditions Photosynthèses. Vera est séduite par le projet de Yan. Elle l’aide en prenant en charge les frais de reportages et l’édition d’un livre qu’elle veut de la plus belle qualité possible.

Pendant les quatre années suivantes, Yan va pouvoir se consacrer entièrement à son projet et courir 250 champs de batailles, d’Amérique, d’Asie, de Russie, de Libye etc... En tout il aura photographié dans 35 pays.

« J’ai parcouru les champs de bataille d’Europe et de l’océan Pacifique, d’Afrique, d’Amérique, d’Asie. Certains sites sont dûment répertoriés, balisés, d’autres méritent un travail minutieux d’enquête et de localisation - certains États ne semblent pas désireux de commémorer les défaites ou bien sont amnésiques... »

Champs de bataille est publié en novembre 2015 par les éditions Photosynthèse : 660 pages, 430 photos de 250 lieux. L’Histoire de l’humanité, un livre monumental dédié aux millions de millions de morts de toutes les guerres, de tous les camps. Yan Morvan a ainsi consacré dix ans de sa vie à devenir " l’œil du soldat ". De chaque champ de bataille, Yan connaît l’Histoire. Il nous la livre bataille par bataille à chacun des cahiers historiques du livre de l’Antiquité à nos jours. Le livre est une somme. Dans sa version luxe, c’est un chef d’œuvre d’artisanat. La qualité du papier, de l’impression, sans parler de celle des images est exceptionnelle. La version courante est à la hauteur. L’éditeur a eu la bonne idée de le vendre à un prix remarquable où il ne gagne rien. Un vrai mécénat.

Pour son exposition à La Mauvaise Réputation Galerie Yan Morvan dévoile 16 photographies, extraites de l’ensemble des 430 clichés de champs de bataille. Et, même si elles ne rendent compte que très partiellement de l’immense travail réalisé par le photographe, elles permettent d’entrer en contact direct avec la redoutable histoire de l’humanité. Chaque photographie est un objet rare car il s’agit de tirages argentiques réalisés en seulement deux exemplaires.

Ainsi, vous découvrirez qu’il y a des images où la guerre est toujours visible : immeubles éventrés dans cette ancienne station de ski près de Sarajevo, vestiges d’abris antiaériens japonais aux îles Mariannes. D’autres où la nature, ou encore la vie civile, ont repris leurs droits. Peu importe ce qui a pu repousser depuis, ou ne pas repousser. Les lieux photographiés ont été choisis sans autre considération que leur importance historique, et à plus forte raison s’il s’y est déroulé un épisode "charnière" : des immeubles ocres flanqués d’échafaudages se dressent désormais sur le lieu des batailles de Gizeh ; Ce somptueux défilé en Arizona, « c’est là où ils ont pris Cochise ».


BATAILLE DU CANYON DE CHELLY
Janvier 1864
Canyon de Chelly, Arizona, États-Unis.


Y a-t-il une part de catharsis dans ce projet ? Morvan, 61 ans aujourd’hui, est-il retourné sur le théâtre des guerres comme on écrirait ses mémoires ? Le regard qu’il pose aujourd’hui sur la guerre est aujourd’hui largement apaisé, mais pour autant, le sujet n’encourage pas l’insouciance. « Quelque part, je photographie des cimetières. Il y a des jeunes gens enfouis là. D’une certaine façon, je photographie sous la terre. » Lorsqu’il travaille, ce mélange étrange entre tranquillité et gravité, entre majesté d’un paysage et poids de l’histoire, crée un sentiment très particulier, difficile à définir... glaçant et sublime à la fois.

Florence BEAUGIER