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Accueil  A la Une  Le jeudi 25 octobre 2018


 

Mois de la photographie 2018
Du 1er au 30 novembre
ÉRIC RONDEPIERRE
MOINS X
Et plus si affinités

Vernissage jeudi 1er novembre à partir de 18h


   

 

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Mademoiselle, 1996-98, tirage ilfochrome sur aluminium, 70x105 cm


Éric Rondepierre est né en 1950, à Orléans. Artiste et écrivain, il vit et travaille à Paris. D’abord comédien, il se dirige ensuite - via la peinture - vers un travail photographique lié au cinéma. Son œuvre joue sur les rapports dynamiques qu’entretiennent les deux médiums. Son intervention consiste à choisir selon des critères bien définis, puis à extraire des photogrammes (c’est-à-dire des images qui apparaissent sur l’écran 1/24ème de seconde et qui sont invisibles lors d’une projection normale) pour ensuite les proposer sous la forme de tirages photographiques.
Ses « reprises de vue » ont fait l’objet de nombreuses expositions en France et à l’étranger depuis 1992, et sont présentes dans les plus grandes collections (Centre Pompidou, FRAC, Cinémathèque française, CNAP...), notamment américaines (dont le MoMA de New-York, le LACMA de Los Angeles...).
Un travail d’écriture, plus tardif, a donné lieu à une dizaine de livres qui ont accompagné sa démarche de plasticien (fiction, commentaire, autobiographie). Deux monographies lui ont été consacrées. Une aux éditions Léo Scheer en 2003, l’autre aux éditions Loco en 2015 à l’occasion de sa rétrospective à la Maison Européenne de la Photographie.

À chaque nouvelle série correspond un protocole qui se constitue au fil de ses recherches. Néanmoins, si l’on considère l’ensemble des séries réalisées par l’artiste, trois grandes procédures y sont à l’œuvre : le prélèvement, le montage et la reconstitution. L’exposition privilégie le rapport à l’archive de la première manière. Soit l’archéologue qui fouille et découvre dans les angles morts du dispositif cinématographique « ce que les yeux n’ont jamais vu » [1], c’est-à-dire des images de films en relation avec toutes sortes de dysfonctionnements, d’évènements « parasitaires, périphériques, atomes indiscernables en gravitation interne, décalages subtils, accidents évanescents, micros phénomènes qui n’ont plus le moindre rapport avec le cinéma » [2].
Daniel Arasse, dans un bel article sur Éric Rondepierre, parlait de « l’érotique latente de son art » [3]. Nous avons pris le parti d’en montrer le versant explicite et récurrent, sachant que ce thème est présent depuis les origines puisque la « scène primitive » du travail de l’artiste, le premier déclic créateur, fut la vision d’une scène de baiser dans La dame du lac de Robert Montgoméry [4]. Ajoutons que la pornographie apparaît à travers son voyage au Canada en 1996 (on en trouve des traces dans Moires - photos et livre [5]), et son séjour en Grèce en 1999 où il travaille dans les caves d’un cinéma porno du Pirée d’où sortiront les séries Dyptikas et Suites [6]. La chose se fait plus discrète par la suite, même si des rappels sont présents dans Loupes/Dormeurs, Seuils, DSL et Background.


Moins X n°6, 2003, tirage argentique sur aluminium, 70x78 cm


Sa première exposition à Bordeaux est entièrement consacrée à cet aspect de son oeuvre photographique, notamment à travers la série Moins X (2003) constituée d’images extraites de films classés X et qui repose sur le principe du décadrage. Au lieu d’arrêter le flux de la pellicule et de faire un arrêt sur image, l’artiste braque son objectif entre deux images. Ce débord brouille et recompose les figures qui s’apparentent au registre de la sexualité des corps.
En complément, sont exposées des images extraites d’autres séries, antérieures ou récentes, liées à l’érotisme.
Voici rassemblé en une seule exposition ce qui apparaît en pointillé dans toute l’œuvre d’Éric Rondepierre : un jeu subtil entre le corps de l’image et l’image du corps.


Site d’Éric Rondepierre : www.ericrondepierre.com


Commissariat Émilie Flory et galerie LMR.



[1] Nous reprenons le titre du texte de Jacques Rancière sur l’œuvre d’Éric Rondepierre, Images secondes, Paris, Loco, 2015, p. 77.

[2] Éric Rondepierre, Le Voyeur, Entretien avec Julien Milly, Editions De L’Incidence, 2015, p. 26.

[3] Daniel Arasse, « Des images de rêve » dans Anachroniques, Paris, Gallimard, 2006, p. 127.

[4] Comme il le déclare à Julien Milly dans un entretien sur « Le corps amoureux » dans la Nouvelle Revue d’esthétique n°10, 2012, p. 124.

[5] Moires, Trèzelan, Filigranes, 1998, dont certains passages sont la retranscription de dialogues de films X.

[6] C’est dans La Nuit cinéma (Paris, Seuil, 2005) qu’il raconte cet épisode de son séjour en Grèce et l’élaboration des images décadrées.

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