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30.11.2019 - 11.01.2020
LIONEL SCOCCIMARO
ALMOST PAINTINGS

Vernissage vendredi 29 novembre à 18h


par Florence BEAUGIER,    

 

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On peut dire de l’œuvre de Lionel Scoccimaro qu’elle se situe à la frontière entre les arts plastiques, les arts appliqués et le design. En assimilant et en assumant la disparition des critères de distinction culturelle entre, l’histoire de l’art et l’univers du surf, celui du kitch et de la customisation, en utilisant les savoirs de l’artiste et les savoirs faire des artisans pour réaliser ses œuvres, Scoccimaro opère à l’intérieur du champ culturel de l’art où il met en place des processus précis de réalisation qui font que son œuvre se joue de l’ambiguë existant entre le détournement et la célébration. C’est avec ingéniosité et humilité, par l’intermédiaire de la technicité, de l’externalisation et de la professionnalisation du processus artistique qu’il interroge la distance entre l’artisanat, l’art et notre fascination pour les objets culturels déjà disponibles.

Pour cette deuxième exposition à la galerie LMR, il nous propose ce qu’il appelle les « presque monochromes ». Ils peuvent être noir, rose, jaune, vert et bleu... La gamme chromatique qu’il utilise est rigoureusement la même que celle choisie par Lucio Fontana dans ses « concetto spazziale » dont il fait refabriquer la teinte exacte. C’est là, pour lui, une façon de rendre hommage à l’artiste qui a peut-être le plus profondément transformé la limite entre la peinture et la sculpture mais c’est aussi un moyen d’évacuer toute subjectivité et de fuir une éventuelle « pop-isation » de ses peintures. Lorsque la couleur et le format sont choisis, débute un long (très long) processus de fabrication. D’abord à l’atelier, chaque monochrome est peint à l’huile sur une toile de lin brut. Celle-ci est préparée de façon traditionnelle mais non-apprêtée.
Il passe ainsi sur la toile brute et de la façon la plus appliquée possible entre 30 et 60 couches de glacis à l’huile suivant la couleur utilisée. Entre chacune d’elles, il ponce comme l’impose la tradition. Il ponce jusqu’à obtention d’un aplat très dense fait de nuances et de profondeurs. Mais attention, il faut que le grain et la trame de la toile apparaissent toujours. Pas question d’effacer le support. Il stoppe les couches de glacis lorsqu’il estime que la couleur (bien que passée très claire et très diluée à chaque couche) finit par être d’une densité suffisante, réelle. Ce travail nécessite entre chaque couche une journée complète de séchage.
Il glace, il ponce, il glace, il ponce, il glace, il ponce... Au terme des nombreuses couches et jours nécessaires suivant les teintes, les monochromes quittent l’atelier de l’artiste pour celui du Shaper (artisan qui fabrique les planches de surf) où débute une stratification de la surface du monochrome à la résine époxy et la fibre de verre.


Almost paintings, 2019, 150x120 cm, huile sur toile, fibre de verre
résine epoxy & résine polyester teintée.


La recette est précise, la technique totalement maîtrisée par le shaper.
S’en suit un autre glaçage mais celui-ci à la résine polyester, (une première couche de résine transparente) puis re-ponçage et égrainage afin de lisser et d’enlever toute imperfection de la surface en résine avant une seconde couche à la résine teintée de la même couleur que la peinture elle-même. Cette fois-ci, l’opération intervient afin d’accentuer la profondeur et de troubler encore l’aspect de l’intériorité du tableau. Pour Scoccimaro ce procédé fait référence au mode de stratification des planches de surf vintage, monde et technique qui reviennent souvent dans son univers plastique.
Enfin, un « polishage » de surface achève le processus pour que la pièce soit encore plus lisse et plus réfléchissante, laissant apparaître les couches successives de construction. Le but est de donner un effet miroir assez troublant avec des nuances dans les couleurs et des apparitions de trames de tissus à certains endroits. Parfois, suivant les techniques employées, peuvent se produire des incidents plus ou moins heureux, des aléas de ponçage, des formes fantômes apparaissent, comme la croix du châssis ou certaines nuances. Ce sont ces « accidents » qui font enfin apparaître l’objet pictural, qui ont inspiré à Lionel Scoccimaro le titre de cette série : les « Presque monochromes ».

« Nous travaillons sur la pièce à 4 mains, cette démarche a pour but de conserver ce qui est toujours présent dans mon travail depuis plus d’une quinzaine d’années à savoir la collaboration avec des artisans spécialisés maîtrisant des savoirs faire très spécifiques. L’idée de cette confrontation entre peinture à l’huile, la résine et la fibre de verre est de mixer matériaux traditionnels de la peinture et la matériologie de la sculpture présente dans le reste de mon travail. Le tableau prenant de ce fait quasiment un statut d’objet design de par sa facture. »

Avec Almost paintings, Lionel Scoccimaro questionne, comme à son habitude, la frontière entre la peinture et la sculpture, entre l’art et l’artisanat, entre l’artiste et le designer. Il s’empare ici de la question picturale. Il y sonde intimement les relations qui existent entre la surface et la dimension de la peinture. Une nouvelle série d’œuvres réjouissantes et poétiques.


documentsdartistes.org /scoccimaro

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Florence BEAUGIER

 




 

 

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